« 3 DIAS EN CHANCHAMAYO »…. Reportage d’une étudiante curieuse de découvrir les mécanismes du commerce équitable au Pérou:

« Viernes 26 de mayo 2013:  après une nuit de car au départ de Lima, César, dirigeant de la coopérative de café CAC Perene et moi-même, sommes arrivés sur les coups de 7h30 à La Merced, petite ville de Selva baja (début de l’Amazonie), où se concentrent de nombreuses coopératives et entreprises de café du commerce équitable.

Cette première journée m’a permis de découvrir, dans un premier temps, le fonctionnement de la production de café grâce à la visite de deux lieux de séchage du grain de café.

De la récolte au séchage du grain de café :

Dans la première « usine » (« planta ») de café où nous nous sommes rendus, on trouve les bureaux administratifs ainsi que de grands espaces à l’extérieur pour y étaler et faire sécher le café.

Située dans la ville de La Merced, cette « usine » est la première et la plus petite qui a été construite pour la Coopérative. Chaque jour, les producteurs viennent avec leurs sacs de café fraîchement récolté afin de l’étaler et de le faire sécher dans la journée.

Le jour où je m’y suis rendue, j’ai pu voir les difficultés qu’ils rencontrent lorsqu’il pleut. Le café doit alors être couvert de bâches plastiques afin qu’il ne s’abime pas et qu’il conserve toutes ses qualités et ses arômes.

Pour faire face à cela, la Coopérative a récemment investit dans de nouvelles machines qui font sécher le café bien plus rapidement et en de plus grandes quantités. C’est un système avec quatre fours qui viennent chauffer chacun un gros cylindre tournant pendant 40 heures et permettant au café de sortir totalement sec et près à être envoyé pour la future torréfaction. Ce système nécessitant de plus grands espaces a donc été installé plus haut dans la montagne et plus proche des producteurs.

Arrivée du café dans les sacs pour être séché dans les cylindres

Chaque jour les producteurs cueillent donc les grains café qui ressemblent à des « cerises » mures. Ils les versent ensuite dans des machines qui les nettoient et les débarrassent de leur enveloppe charnue avant de les trier pour éliminer les fèves impropres à la consommation. C’est suite à cela que les producteurs viennent étaler leur café au soleil puis de le déverser dans ces cylindres chauffés.

Une usine de traitement dans la montagne :

Cela représente un réel gain de temps, d’énergie et de production pour ces producteurs qui peuvent donc faire sécher de plus grandes quantités d’un seul coup tout en se fatiguant moins à vider et re-remplir tous leurs sacs. Cette usine est aujourd’hui toujours en construction afin d’être agrandie pour contenir de nouveaux fours de séchage.

Ce fut également l’occasion de voir les deux différentes qualités de café qu’il existe. Le café de première catégorie est le café le plus produit dans cette région et bien sûr celui qui réunit l’ensemble des critères de qualité (altitude, climat…). Le café de seconde catégorie mélange deux sortes de cafés (de couleur noire et blanche) et est souvent vendu sur le marché domestique ou pour d’autres pays comme les pays de l’est de l’Europe ou la Russie qui préfèrent cette sorte de café.

Autre détail qui marque beaucoup là bas est de voir que toute l’économie de la région tourne autour du café commerce équitable (une culture qui requiert beaucoup de main d’œuvre) mais que, paradoxalement, la population ne consomme presque pas le café. Il semble que ce n’est ni dans les mœurs ni dans la tradition de boire du café… Etrange !

La Roya : Maladie et réaction des producteurs et de l’Etat péruvien :

Ce week-end fut également l’occasion d’assister à la réunion de tous les producteurs de la Coopérative avec les dirigeants et des ingénieurs agronomes, autour d’un problème qui touche actuellement une grande partie des plans de café : celui de la Roya. C’est en fait une épidémie qui apparaît dans cette région du Pérou (Chanchamayo) dès que les conditions environnementales (température et humidité) lui sont favorables. Elle affecte directement les feuilles des plans de café et, sans solution mise en place à temps, elle vient empêcher la pousse normale du grain de café. Par les pluies, le vent, les insectes et les hommes, la bactérie est amenée à se propager très rapidement et fait que des plants entiers ne peuvent résister et meurent avant même que le grain de café puisse pousser. Cette journée de réunion à donc été organisée dans le but de sensibiliser et d’expliquer aux producteurs ce qu’est la maladie, comment se propage-t-elle et quelles sont les solutions possibles afin d’éviter l’épidémie de la Roya. Des solutions existent, comme ombrager les plantations de café pour assurer la nutrition des plantes, contrôler les mauvaises herbes, ou utiliser des engrais tels que le composte ou le fumier. Mais celles-ci restent bien difficiles à mettre en place face à la vitesse de propagation de la Roya.

De plus, cela demande un investissement en temps de la part des producteurs et ce n’est pas toujours simple quand l’on voit que toute leur vie ainsi que celle de leur famille dépend de la quantité (et qualité !) du café produit. Consacrer du temps à empêcher l’étalement de la maladie est souvent synonyme pour eux de perte de temps sur leur production de café actuellement en cours.

Mes impressions :

Ce fut donc très intéressant de parler avec les producteurs, de comprendre leur ressenti et de voir comment ils font face à cela. Leur humilité face à de tels enjeux m’a fortement marquée. Leur vie, ainsi que celle de leur famille dépend au trois quart de la production du café (le reste est souvent issu de la production d’ananas et d’oranges), mais ils semblent être à la fois réalistes et optimistes dans leur manière de vivre et travailler.

Certes, c’est un sérieux problème auquel ils doivent régulièrement faire face mais chacun des producteurs semble apte au changement et à l’adaptation pour voir sa production résister à la Roya.

La gestion collective des ressources financières :

De nombreuses questions sont entrées en jeu ce jour-ci. Non seulement la Roya, mais également l’utilisation des ressources financières apportées par l’Etat pour subvenir à la production de café ‘commerce équitable’. Cela reste un aspect bien complexe du commerce équitable car, d’une part les producteurs souhaitent recevoir cet argent directement afin de pouvoir vivre au jour le jour et de subvenir à leurs besoins actuels. Or, de l’autre coté, la Coopérative (qui comprend ces mêmes producteurs ainsi que les gérants) voit au plus long terme. Le but est d’investir cet argent dans des programmes sociaux, économiques, scolaires ou environnementaux à travers par exemple des programmes de constructions de routes pour donner un meilleur accès aux producteurs, de construction d’écoles, de formations sur la production de café, etc. Cependant, une grande partie des producteurs ne le comprennent pas, ils demandent à voir l’argent tout de suite, pour leur propre famille et ne voient pas forcément l’intérêt d’attendre que ces programmes se fassent. L’enjeu me semble fort ici, entre des producteurs qui sont dans le besoin au jour le jour et qui veulent donc recevoir (tout à fait légitimement) leurs ressources directement et par ailleurs, la complexité pour les gérants de justifier l’importance et le coté indispensable de ces programmes qui finalement profitent à tous et permettent au long terme une meilleure production.

Paradoxalement, les producteurs décident en plus de fonctionner en coopérative mais lorsqu’il s’agit de répartir les ressources financières reçues, c’est très souvent chaque producteur qui veut défendre sa part, sans voir forcément l’intérêt d’un investissement dans un projet en commun tel que la construction de salles de classes.

Un travail de longue haleine pour la coopérative et son dirigeant :

Ce jour où tous les producteurs étaient réunis, fut donc très intéressant pour pouvoir écouter et comprendre les attentes et les besoins des producteurs. J’ai également pu discuter avec César (le gérant de la Coopérative) qui m’a exposé tous les défis qui se posent pour améliorer la qualité de vie de chaque producteur tout en investissant sur des projets sociaux, économiques ou environnementaux qui parient sur l’éducation des producteurs et de leurs enfants au plus long terme…

L’éducation et la sensibilisation sont des questions centrales dans la gestion du commerce équitable. César m’a expliqué qu’il doit souvent répéter de nombreuses fois les mêmes explications aux producteurs avant qu’ils n’agissent ou qu’ils retiennent l’intérêt de telle ou telle pratique. Par exemple, lorsque nous étions une fois dans son bureau, un producteur est passé et lui a évoqué les difficultés qu’il rencontrait en ce moment à produire son café et César a fini par lui expliquer de nouveau (pour la cinquième fois m’a-t-il dit) les techniques possibles de semences pour éviter la propagation de la Roya dans son terrain. Cette patience et cette force de partager le savoir avec les producteurs m’ont beaucoup marquée dans la Coopérative. »

Coline BILLON Master de management international à l’IGR de Rennes  mai 2013