Août 2011 : le Rennais Bernard Bruel de l’association Internotes emprunte à nouveau la Route du café équitable au Pérou et en Bolivie

o_encuentro_socios1.jpgBernard Bruel, enseignant à Rennes, président de l’association Internotes et coauteur de « Pour un commerce juste – La Route du café, des Yungas à la Bretagne » (éditions Rives d’Arz, 2010) a repris le chemin des plantations de café au Pérou et en Bolivie, durant ce mois d’août 2011. Régulièrement, il nous fait part en direct de son récit de voyage, de ses émotions, de ses nouvelles rencontres…

La Route du café – Des Yungas à la Bretagne
AUTEURS : Bernard Bruel et Tugdual Ruellan (préface de Mme Luzmila Carpio Sangüeza, Ambassadrice de l’Etat Plurinational de Bolivie en France
site : www.inter-notes.fr

Visite de la coopérative CAC PERENE LA MERCED

Région de Chanchamayo, Selva central Pérou: les 5, 6 et 7 août 2011

a_ville_LaMerced.jpg  » J’ai été reçu pendant cette visite par Don CESAR, le gérant de la coopérative, DULA chargée du contrôle de qualité du café et ALDO responsable de la formation et de l’aide au développement des producteurs. La Merced se situe dans la région centrale du Pérou à environ 10 heures de route de Lima. Nous sommes à une altitude d’environ 600 mètres et c’est là que se situent la coopérative et le centre de collecte du café. C’est une région où il y a une très forte production de café (les deux autres régions productrices étant le nord du Pérou et le sud en descendant depuis le lac Titicaca) et il y a ici une très forte concurrence entre les coopératives et les entreprises privées qui font le négoce du café (photos Rivière PERENE et Ville de La Merced).

b_Letrero_CAC_PERENE_La_Merced.jpgLa coopérative cliente de l’importateur Lobodis en France, comprend 285 sociétaires et après des difficultés dans les années 90, a repris son activité dans les années 2000 et se développe fortement. L’activité de production du café est classique, les producteurs qui se situent à une altitude d’environ 1500 mètres (« el monte ») produisent un café de qualité bio. Ils sont très soucieux d’effectuer des semis de façon à pouvoir replanter, ils doivent élaguer régulièrement pour que les plants de café ne soient pas trop à l’ombre, ils utilisent du compost naturel à savoir la pulpe de la cerise de café mélangée aux déjections animales. Ils sèchent le café sur leurs parcelles avant de le descendre à la coopérative (photo : entrée de la coopérative PERENE).

c_Sechage_cafe_au_soleil3.jpgLes difficultés rencontrées par les producteurs :
1/ dans cette région, les producteurs rencontrent un gros problème de séchage. Le climat est très agréable il fait chaud mais il pleut aussi très souvent. Quand il pleut, bien évidemment le café ne peut pas être séché au soleil et, même un café de très bonne qualité va se dégrader en prenant l’humidité, une mauvaise odeur et éventuellement des champignons (photo : séchage du café au soleil).

d_Reunion1.jpg2/ les prix : dans la mesure où les cours mondiaux ont énormément grimpé dans les années 2010 et 2011, il y a toujours une tentation pour le producteur de vendre directement à un acheteur (« a la calle » = dans la rue) qui va le payer tout de suite et éventuellement à un prix supérieur à celui de la coopérative. Tout le travail de la coopérative consiste donc à persuader des producteurs qu’il vaut mieux lui rester fidèle car les cours peuvent ne pas être toujours aussi hauts. D’autre part, le système de préfinancement des récoltes est très important pour que le producteur puisse vivre sans attendre le paiement de sa production en fin de récolte (photo : rencontre avec les responsables de la coopérative).

e_calcul_rendement_physique.jpgDes solutions
Les solutions apportées par la coopérative grâce au soutien des acheteurs européens ou américains et au commerce équitable à travers la prime FLO :
1/ pour améliorer la qualité, la coopérative a installé un laboratoire où travaille DULA,  jeune femme chargée du contrôle de la qualité. Son travail consiste d’abord à calculer le rendement du café, c’est-à-dire le pourcentage de déchets que représente l’enveloppe du grain de café qui ne doit pas excéder un certain taux (photo : calcul du rendement de production de café).

p_lavage_cafe_parcelles.jpgLe prix payé aux producteurs sera variable en fonction de ce taux qu’ils appellent rendement. Son autre fonction consiste à prélever des échantillons dans les livraisons des producteurs et à goûter le café. Pour cela, elle grille des grains de café, les moud et effectue ensuite une dégustation. Cela, afin de conseiller le producteur pour qu’il améliore la qualité de son café si par hasard, suite à la dégustation, celui-ci laisse apparaître des goûts ou des arômes désagréables (photo : lavage des grains de café sur les parcelles).

q_sechage_parcelles.jpg2/ grâce à la prime du commerce équitable, la coopérative apporte un véritable service aux producteurs :
l’usine de collecte du café où les producteurs peuvent venir sécher leur café. Il leur est possible de se restaurer dans la petite cantine de la coopérative et ils peuvent même dormir sur place. J’ai même vu des quantités importantes de sacs de café appartenant à des producteurs qui spéculent et attendent que les cours montent (photo : séchage des grains de café sur les parcelles).

u_maquina_despulpadora.jpg• Dans la coopérative, ont été installées des machines pour sécher le café, alimentées avec du bois mélangé à l’écorce que l’on enlève aux grains de café. Cela est vraiment une aide efficace pour solutionner le problème de séchage du café (photo : machine à dépulper les grains de café).

w_machine_a_essorer.jpg• Beaucoup plus innovant, la coopérative a installé dans la montagne, une usine de traitement du café, et cela à un coût relativement réduit grâce à des matériaux trouvés sur place et l’aide des producteurs. Cette usine permet à un producteur membre de la coopérative d’apporter ses cerises de café. Elles subiront tout le traitement classique qui auparavant était effectué sur les parcelles. Mais ici, les grains pourront être essorés et séchés en machine et directement mis en sacs (photo : machine à essorer le café).

z_Manos_Gregorio_de_la_cruz2.jpgÉnorme avantage pour le producteur, il apporte son café en cerises et peut ensuite repartir avec ses sacs qui d’ailleurs seront descendus au centre de collecte par un camion appartenant à la coopérative (photo : Gregorio de la Cruz vérifie le séchage des grains de café).

x_machine_a_secher.jpg• Au niveau social, la coopérative a embauché ALDO, jeune homme ayant une double formation d’enseignant et de sociologue, son rôle est de favoriser l’éducation des petits producteurs. Il leur délivre régulièrement toutes sortes de cours pour améliorer leur niveau de connaissances en matière d’hygiène, d’éducation, de comptabilité… (photo : machine à sécher les grains de café)

r_vivero_siembros.jpg• Enfin au niveau commercial, la coopérative apporte un réel service aux producteurs en commercialisant leur café. En effet, après collecte à la coopérative, contrôle de la qualité et pesage, les sacs seront envoyés par camion vers Lima où une usine effectuera les dernières opérations, en particulier le tri des grains avant de remplir un container et de l’exporter vers le client.

Depuis peu, Lobodis qui achète du café à cette coopérative, a mis en place un système de prime à la qualité. Si le café livré par les producteurs dépasse un certain taux de rendement et si à la dégustation, il dépasse une note seuil,  Lobodis accorde un supplément de 05 ou 10 dollars au quintal, qui viennent s’ajouter à la prime de commerce équitable et à la prime bio. Les producteurs ont bien compris l’importance de produire un café de qualité (« especial ») qui leur permet de gagner davantage.

En résumé, ce qui m’a paru fondamental dans cette visite est, d’une part les nombreux services apportés par la coopérative aux producteurs et d’autre part, l’importance de la prime de commerce équitable et de la prime de production biologique qui est à elle deux, représentent des sommes importantes qui permettent à la coopérative un développement collectif qui retentit ensuite sur le développement personnel et l’amélioration des conditions de travail et des conditions de vie des petits producteurs (photo : à l’ombre, les plants de café des futures plantations…).

y_Gregorio_Teofilo_Socio2.jpgPhoto : Gregorio de la Cruz, Teofilo avec un producteur de café.

Bernard BRUEL août 2011